Il diavolo a Parigi
Feuilletons e romanzi popolari nell'Ottocento francese
nelle collezioni della Biblioteca dell'Università Popolare di Firenze
Le roman populaire: bonheur et châtiment
di Michel Pierre
Lié à la presse de grande diffusion, le roman populaire n'en est pas l'esclave. A tort, toute une tradition conduit à confondre le contenu et le contenant, le texte publié et le mode de publication. Fantomas de Gaston Leroux, symbole du roman populaire à la française, n'a jamais été prépublié dans la presse alors que la Comédie humaine d'Honoré de Balzac, symbole du cycle romanesque "noble" par excellence, n'est paru en feuilleton. Il est cependant évident que la presse à non marché à puissamment contribué au goût du roman chez un large public. En 1836, lorsqu'Émile de Girardin crée le quotidien à bon marché, il y inclut des textes romanesques et en 1865, le Petit journal, à un sou le numéro, publié simultanément plusieurs feuilletons en plus de la partie rédactionnelle liée à l'information internationale et à la politique intérieure. Au fil des décennies, en incluant le support des revues mensuelles, c'est près de 95% de la production romanesque qui est prépubliée dans la presse. Les feuilletons accuillent aussi bien Balzac que Chateaubriand, Flaubert que Zola, Zevaco que Dumas.
Faut-il alors accepter un autre lieu commun qui fait du roman populaire en feuilletons un type d'oeuvre écrite au jour le jour? alors qu'il est en général totalement écrit avant la pubblication. Et c'est oublier que l'édition en librairie a aussi ses contraintes. La femme de trente ans d'Honoré de Balzac a été dotée du chapitre intitulé "souffrances inconnues" uniquement parce que le nouvel éditeur de Balzac utilisait un corps typographique qui exigeait trente pages de plus pour remplir le volume...
Ce qui est essentiel relève de la dette du roman (et pas seulement celui dit "populaire") envers la presse. C'est au feuilleton qu'il doit son essor au XIXè siècle. Avant 1830, le roman n'est pas un genre littèraire reconnu mais un mode de narration presque méprisé. Un jeune homme qui rêvait de gloire littéraire se consacrait à la poésie ou au théatre... Le roman n'était qu'un pis-aller, un gagne-pain. Avec l'introduction de la nouvelle puis du roman dans les revues et les quotidiens, il s'est mis à rapporter de l'argent à ses auteurs et à en assurer la notoriété. Sont alors venus vers l'écriture romanesque des jeunes gens qui avaient débuté au théatre: Eugène Sue, Alexandre Dumas, Ponson du Terrail. Libre à chacun de juger de la qualité de leurs productions mais le roman français ne serait pas ce qu'il a été sans eux. Le feuilleton fut le support primordial de cet élan créateur.
La seule et véritable fracture qui peut séparer le roman populaire du roman au sens plain du term tient peut-être à ce qu'écrit Umberto Eco dans son Apostille au Nom de la Rose où il distingue "le texte qui veut produire un lecteur nouveau de celui qui cherche à aller à la rencontre des désirs des lecteurs de la rue". Cette recherche de l'adhésion, cette volonté de séduction réciproque, ce désir d'être le reflet des pulsions, des sentiments et des croyances des lecteurs forment la caractéristique essentielle du roman populaire. Même lorsqu'il s'accompagne d'un message pouvant parfois irriter certaines franges du public. Dans les Mystères de Paris d'Eugéne Sue, l'invention d'un héros redresseur de torts (le prince Rodolphe), la révélation que le mystère est au coin de la rue rejoignaient la pensée commune même si les idées philantropiques et sociales de l'auteur heurtèrent l'opinion conservatrice.
Les valeurs illustrées par les romanciers sont ainsi celles de leurs lecteurs: la justice, l'esprit de vengeance, le respect de la propriété, la pureté des sentiments, le pardon et le rachat des fautes. Beaucoup d'entre elles relèvent d'un christianisme omniprésent et de ses vertus de charité mais on y trouve aussi les consèquences de la fatalité du destin poussée aux couleurs extrêmes du mélodrame parfois tempérée par l'humour ainsi dans le cycle des aventure de Chéri-Bibi de Gaston Leroux (cinq romans parus de 1913 à 1925). Série emblématique du roman populaire, elle mérite de se voir appliquer ces lignes de Jean Cocteau "Il n'y a pas d'arts mineurs. Seules existent les noces étranges du conscient et de l'inconscience, la foudre exquise produite par le contact de la sagesse et de ce schizophrène que chacun porte en soi et dont il à généralement honte. La poésie, c'est le monstre, né de ces noces mystérieuses, de ce message brutal entre la surprise et les habitudes ..."
Cette "foudre exquise" nous frappe toujours. Le roman populaire français poursuit sa fortune sous plusieurs avatars (cinéma, télévision) et bien des traductions (Les mystères de Paris viennent d'être traduits en chinois). Le grand fleuve d'imaginaire né au début du XIXè siècle n'en finit pas d'irriguer la fin du notre et d'en recevoir des affluents nouveaux.